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Lettre ouverte au Min. Rodriguez : Chateau Laurier, 9 juillet 2019

 

L’honorable Pablo Rodriguez, c.p., député

Ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme

Édifice de la Confédération, pièce 485

Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6

 

9 juillet 2019

 

Monsieur le Ministre,

 

Permettez-nous de nous adresser à vous à double titre, d’abord comme ministre du patrimoine canadien, responsable selon votre lettre de mandat de promouvoir « les histoires du Canada, façonnées par notre immense et riche diversité, [qui] devraient être célébrées par et partagées avec les Canadiens et le reste du monde », et ensuite comme ministre responsable de la Commission de la capitale nationale au Parlement, commission sensible aux symboles nationaux, commémorations historiques et en particulier aux événements d’importance nationale qui se déroulent sur la colline parlementaire.

 

Ce qui nous préoccupe profondément, c’est que l’on est en train de saccager l’intégrité de l’architecture originale du Château Laurier et que vous-même et la Commission avez déclaré forfait et vous en laver les mains, comme s’il s’agissait d’une banale histoire d’arrière-cours.

 

Peut-être qu’un peu de rappel historique pourrait éclairer le temps présent et nous faire réfléchir sur notre incapacité collective à prévenir la disparition de ce qui nous identifie et surtout nous inspirer des initiatives à entreprendre en puisant dans les leçons que nous enseigne un passé pas si lointain.

 

En 1966, le ministère des travaux publics dirigé à l’époque par George McIlraith avait approuvé la démolition de la Gare Union (où siège maintenant le Sénat) pour, nous vous le donnons en mille, faire de la place pour un stationnement public! La raison avancée apparaissait bien convaincante aux yeux du gouvernement : il devait y avoir une telle affluence de visiteurs à Ottawa, pour célébrer le centenaire de 1867, qu’il apparaissait impérieux de dégager le centre de la ville pour faire place aux voitures des touristes, histoire de leur faciliter l’accès à la capitale.

 

C’est un groupe de citoyens, réunis sous la bannière de l’ancêtre d’Héritage Ottawa qui, au prix de manifestations, de pétitions, de pressions, de lettres ouvertes dans les journaux, de suppliques aux parlementaires, finirent par convaincre le ministre McIlraith de reculer.

 

Ce qui a fini par influencer la décision du gouvernement c’est que la Gare Union et le Château Laurier formaient un ensemble inséparable promu à l’origine personnellement par le premier ministre Sir Wilfried Laurier. Tous deux conçus par les mêmes architectes de Montréal, la firme Ross & MacFarlane, pour donner à Ottawa l’allure d’une véritable capitale d’un pays ancré, et oui, dans la grande histoire de l’humanité. La gare devait être de style architectural classique/beaux-arts, alors que le château devait s’inspirer du style médiéval/renaissance.

 

Nous vous rappelons ces faits parce que la décision à laquelle vous faites face, vous inscrira dans l’histoire et marquera votre mandat à la tête de ce ministère : serez-vous visionnaire comme Laurier, en son temps, ou platement utilitaire comme l’était au début le ministère de McIlraith en 1966, lui aussi responsable à cette époque de la Commission de la capitale nationale, laquelle s’était benoîtement rangée devant l’argutie administrative du ministère, tout comme la commission actuelle et son président devant ce projet bâclé?

 

En fait, comment voulez-vous faire l’histoire? C’est ce à quoi vous êtes confronté : soit vous réfugier derrière le paravent de « ce n’est pas moi, c’est l’autre - ce n’est pas nous, c’est le secteur privé », soit vous prenez le leadership de faire valoir avec toute l’autorité morale et politique que votre titre vous confère de démontrer aux yeux de tous les Canadien(ne)s que le cœur de la colline parlementaire n’est pas un centre d’achat qu’on peut agrandir à volonté, mais qu’il représente une valeur symbolique à laquelle les Canadien(ne)s d’un océan à l’autre tiennent par-dessus tout.

 

Vous nous représentez tous à cet instant de notre vie nationale. Permettez-nous d’espérer que vous ne nous renverrez pas une image d’impuissance, mais plutôt celle d’un leadership visionnaire, comme les plus distingués de vos prédécesseurs : demandez à rencontrer les membres de la famille Lalji; expliquez leur qu’eux aussi partagent une responsabilité collective en étant propriétaires du château, un édifice historique, et que ce que nous cherchons ce n’est pas de les empêcher de s’enrichir en agrandissant l’hôtel mais de le faire en respectant ce que nous avons été et ce que nous sommes. Des experts désintéressés sont disponibles pour les conseiller utilement. C’est le geste de leadership que nous attendons de votre part.

 

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de notre considération distinguée.

 

 

 

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Honorable Serge Joyal, CP

OC, OQ, MRSC, Ad. E.

Fiduciaire Émérite du CCA

 

Phyllis Lambert, CC, COQ, CAL, FIRAC Président-Fondateur,

Centre Canadien d’Architecture

 

cc. : l’hon Catherine McKenna, ministre responsable de Parcs Canada