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Remise d'un Doctorat Honoris causa en Droit, 1984

 

NOTES POUR L'ALLOCUTION DU SECRÉTAIRE D'ETAT À L'UNlVERSITÉ DE MONCTON, N.-B., LE 19 MAl 1984

Je voudrais tout d'abord vous dire la joie que j'eprouve à me trouver parmi vous aujourd'hui et vous remercier de l'honneur que vous me faites en me décernant un doctorat honorifique. En acceptant ce diplôme, je désire souligner que je vois dans ce témoignage le signe concret de votre appui à la politlque de développement des communautés llnguistiques qu'a initiée le gouvernement du Canada dés 1969 et que j'ai récemment eu la responsabilité de rajuster au contexte des années '80; ceci ne peut qu'ajouter au plaisir de vous adresser la parole aujourd'hui.

Le premier ministre du Canada s'adressant a une assemblée semblable à celle-ci, le 18 mal 1969, alors qu'il se voyait aussi octroyer un doctorat honorifique par l'université de Moncton,disait "a vrai dire, ce qui se passe en ce moment au Canada est à la fois réconfortant et menacant. Réconfortant parce qu'on y volt, plus que jamais auparavant, une vi'talité et une vigueur on ne peut plus tonifiantes. Menacant, parce qu'à travers ce dynamisme nouveau risquent de prendre racine des vieux traumatismes de crainte et d'aigreur qui pourraient fort bien retarder, distraire ou méme compromettre l'épanouissement des citoyens et l'avenir du pays". Il continuait en faisant état du regain de fierté qui se manifestait alors chez les canadiens de langue francaise et de l'escalade des méfiances à laquelle cela donnait lieu dans certains coins du pays, pour ensuite faire appel à la volonté de tous de construire une nouvelle société authentiquement pluraliste.

Quinze ans plus tard, alors que le bilinguisme a progressé a ottawa, au nouveau-brunswick et en ontario, aprés la victoire référendaire au québec et l'adoption de la charte des droits, à la veille du dénouement de la crise manitobaine et de l'introduction du bilinguisme aux territoires du nord-ouest et au yukon, nous pouvons encore faire état des mêmes sentiments de réconfort et des mêmes craintes. Aujourd'hui comme alors, j'estime pourtant qu'il y a lieu d'affirimer sa confiance en l'idéal démocratique du Canada et en la possibilité de réaliser au plan de nos institutions sociales et politiques le rêve de solidarité qui constitue le fondement de l'etat canadien.

L'on peut évidemment craindre l'avènement d' un gouvernement au sein duquel aucun élément du "french power" n'aurait de place, l'envahissement grandissant de nos foyers par les média électroniques américains, le retard des francophones au chapitre du développement des ordinateurs, sans parler de la progression des taux d'assimilation. Certains vous entretiendront aussi de l'affaiblissement de l'etat québécois, foyer principal de la francophonie en amérique, suite au rapatriement de la constitution et du `"backlash" anglophone qui se manifeste dans l'ouest canadien.

Je suis pour ma part résolument optimiste pour reprendre les paroles d'andré malraux, qui s'entretenait de l'avenir du quebec avec robert scully, du journal le devoir le 27 novembre 1976je vous dirai "qu'il n'est pas évident que la défense de ce que vous devez defendre prenne une forme nationale; une vrai.e volonté nationale ne prend pas forcément la forme d'une indépendance territoriale". De fait, les francophones du Canada n'ont pas tellement à se plaindre du contexte dans lequel ils vivent, selon malraux, pourvu qu'ils acceptent "d'ouvrir l'eventail des moyens". Il est possible, dit-il, en faisant preuve "d'une disponibilité totale a l'egard des formes culturelles", de tirer pleinement profit de la proximite avec les etats-unis et de cette civilisation mixte à laquelle ils participent. Etre "a l'écoute du monde", dit-il, ce n' est pas forcément "une consommation" passive des formes cultlurelles étrangères; c'est la possibilite de comprendre, de connaitre, d'utiliser, de choisir, d'infléchir le cours des choses et de faire usage des formes culturelles et des outils qui les véhiculent pour faire de notre propre pays " autre chose", au plan culturel.

Malraux disait encore "le Canada n'est pas en retard sur les etats-unis, il est autre chose. Et cette autre chose va continuer sa route a elle...". Ces propos peuvent fac1lement être transposes à la situation de la communauté acadienne qui, participant pleinement à l'essor de la francophonie canadienne, dolt jeter un regard neuf  sur les opportunités que représente pour elle les nouvelles technologies et le dynamisme du contact des cultures sur le continent nord américain. Les acadiens doivent de fait choisir leur route à eux, une route nouvelle.

Il n'est pasde province plus engagée que le nouveau-brunswick vers la réalisation de l'égalité des deux grandes communatés linguistiques du Canada; or plus les acadiens se dépensent pour transformer le noveau-brunswick et le rendre conforme à cet idéal, plus ils contibuent à l'édification d'un Canada dynamique et juste", affirmait m. Trudeau il y a 15 ans. Récemment, l'influence du nouveau-brunswick s'est manifestée efficacement dans les négociations entourant le projet d'apotion de la charte des droits. Sa participation aux débats n'est pas étrangère au fait que les éléments constitutifs de la charte font appel au concept d'égalité aussi bien qu'a celui de non-discrimination; son vécu nèst pas étranger à l'adoption de l'article 23, qui garantit aux minorités linguistiques du Canada des droits scolaires nouveaux. Ceci témoigne du dynamisme dont ont fait preuve les acadiens durant ces dernières années.

Le dynamisme dont ont fait preuve les acadiens dans leurs revendications et leurs initiatives s'est aussi manifesté par l'adoption d'une nouvelle législation linguistique au nouveau-brunswick, par la réforme du réseau scolaire, le développement de l'universitairé de Moncton, la création d'un institut de technologie de langue francaise, de même que par le développement des sservices de radio-canda atlantique...

Dans cette province, certains sont néanmoins persuadés que les acadiens ont connu un échec important en ne réussissant pas à donner la forme d'un changement profond des structures politiques, voire des frontières de l'acadie, a leur nationalisme. Pourtnat, le problème culturel, je le disais tantôt, en rappelant à la pensée de malraux me semble indépendant du polititque, au départ. Le départ se situe au niveau de "l'indépendance spiriteulle". Or l'interaction des acadiens et des anglophones du Nouveau-Brunswick n'est pas en soi un élément négatif en ce qui concerne le dévelopement du fait français; tout comme la double reconnaissance de droits individuels et de droits collectifs vient appuyer le développement de la nation canadienne, la coexistance du français et de l'anglais vient enricher le Canada et lui donner son caractére unique.

L'on a beaucoup discuté depuis quelque temps, au Nouveau-Brunswick comme au québec, de l'opposition apparente entre les droits individuels et les droits collectifs, quelques-uns s'empressant de conclure à la nécessité pour les communautés linguistiques minoritaires de se retrancher derrière des frontières pour préserver leur héritage cultijrel et linguistique. L'idéologie de conservation, d'isolement, de retrait en est pourtant une qui me semble mal adaptée au contexte moderne, aussi bien qu'aux possibilités qui s'offrent de plus en plus aux minorités de s'affirmer et de prendre leur place au Canada. L'idéologie de rattrapage, qui se manifestait déjà, dans le programme législatif de louis robichaud, me semble plus prometteuse puisqu'elle offre aux acadiens l'opportunité de s'ouvrir au monde sans risquer de "perdre" leur culture. La culture acadienne n'est certes pas un bien que l'on doive enfermer dans le refus de s'associer à la majorité, de participer au développement économique, de s'exposer au changement technologique. Les acadiens sont membres à part entière de la soc1été canadienne.

Ils ont un rôle unique à y jouer, une richesse à lui apporter, aussi leur faut-il s'affirmer pleinement  dans toutes les manifestations de leur identité culturelle. Déjà, la littérature canadienne s'enorgueillit de l'apport des acadiens. Le Canada reconnaît dans un tout autre  ordre d'idées l'apport considérable que constitue la mise en place au nouveau-briunswick d'un système scolaire duali ste , unique en son genre. Au plan social, je constate la contribution irremplacable des leaders acadiens à la solidarité des francophones hoirs québec et à la vitalité de leurs institutions.

Les droits qui atteignent l' ind.ividu à travers son appartenance à un groupe et qui sont susceptibles d'une mise en oeuvre collective ont de fait trouvé place dans la charte des droits et la législation relative à l'égalité des commuinautés linguistiques officielles au nouveau-brunswick au Canada, nous sommes bien entendu conscients aujourd'hui de la nécessité de reconnaître certaines réalités collectives face aux intérêts individuels; l'objectlf de développement des communautés linguistiques minoritaires, en particulier, nous a amenés à reconnaître plusieurs droits qui ne peuvent être invoqués que lorsque le besoin s'exprime par une communauté de personnes (le droit a des écoles de la minorité, le droit d'obtenir des services publics en région...). L'argument servira aussi de soutien aux programmes qui visent à promouvoir les droits de groupes désavantagés  (la discrimination positive), faisant êchec en cela au droit individuel à l'égalité et à la non-discrimination.

Dans leur ensemble, de fait, les dispositions des articles 16 à 23 de la charte des droits ont pour but de préserver certaines collectivités culturelles et constituent clairement des droits collectifs. Il va sans dire toutefois que ces acquis ne constituent pas les instruments de protection ultimes pour les minorités linguistiques et qu'il ne leur est pas possible de se détourner des projets de réforme de toutes sortes que revendiquent les associations représentatives de la minorité à travers le Canada. Bien qu'insuffisants pour garantir le développement des minorités linguistiques, ils témoignent néanmoins du fait que le Canada se veut une société au sein de laquelle l'apport des diverses cultures et la promotion des langues officielles sont considérés comme une richesse à développer.

Permettez-moi de citer ici encore andré malraux qui, commentant sur l'impérialisme culturel des grands pays sur les petits, disait "...les petits pays, avec les moyens des diffusion des grands, ne sont plus des petits pays". Si vous dites:" ces moyens, nous-en disposons", il est inconcevable qu'll n'en sorte rien". De fait, le danger le plus grand pour une minorite réside dans le réflexe naturel qiji consiste à se replier sur soi, à moins que ce ne soit le danger de se voir isolé ou "enfermé"
par la majorité.

Il y a pourtant encore beaucoup à fai re au nouveau-brunswick avant que légalité formelle que suggère la loi ne se traduise par une égalité réelle des communautés linguistiques. Bien entendu, la discrimination ouverte qui était exercée à une certaine époque n'existe à peu près plus, mais le rattrapage n'est pas fini. Les acadiens ont plus qu'à toute autre époque de leur histoire les moyens de perpétuer leurs traditions et caractéristiques culturelles, mais ils ne disposent toujours pas de moyens  égaux à ceux de la majorité surtout si l'on tient compte du rôle dominant des institutions publiques sous ce rapport et de la sous-représentation persistante des acadiens dans la fonction publique provinciale, particulièrement aux échelons supérieurs, de l'administration.

Les difficultés qui se présentent aux acadiens dans le contexte d'une société plus ouverte présentent aussi des défis nouveaux. Le rempart naturel de la famille et de la paroisse a éclaté sur tout le territoire.

C'est devant cette situation que l'on peut le mieux apprécier l'appui que le secrétariat d'etat continue d'apporter à la communauté acadienne par ses programmes de promotion des langues officielles, de langues officielles dans l'enseignement et de contestations judiciaires.

Depuis 1970, le secrétariat d'etat a contribué plus de $17 mi llions au nouveau-brunswick dans le cadre du programme des communautés de langue officielle dont 3 103 432$ au cours de la  seule annee 1983-1984, ces montants ont permis aux acadiens de revendiquer de mejlleurs services de santé, d'effectuef des recherches sur la réforme des institutions politiques, de développer leurs services communautaires  et culturels, de réunir les jeunes et les femmes, d'étudier les programmes scolaires. Durant la même période, le programme de promotion des langues officielles venait appuyer les administrations publiques non fédérales avec 2 142 541dollars, ceux-ci devant faciliter la traduction des lois et règlements provinciaux, la formation linguistique des fonctionnaires, la mise en place de services bilingues dans les hôpitaux. Je désire souligner de facon toute spéciale que ces sommes ont surtout servi à assurer la mise en place du bilinguisme dans l'administration de la justice. Ceci dans le cadre du programme national qui porte le même nom et qui a vu le jour grâce à l'initiative de l'ecole de droit de l'université de Moncton. Le ministère de la justice du nouveau-brunswick a donc recu 200000$ en 1981-1982, 182778$ en 1982-1983 et 322403$ en 1982-1984 a cette fin, tandis que le barreau du nouveau-brunswick se voyait octroyer 83000 en 1981-1982, 97620 en 1982-1983 et 99 900$ .en 1983-1984 et que le centre de traduction et de termiinologie juridiques de l'université de Moncton recevait poijr les mêmes années 94900$, 99960$ et 134 760.

668 162$ furent aussi versés au secteur volontaire pouiir favoriser le changement des attitudes face au bilinguisme et promouvoir l'apprentissage des langues secondes dans le grand public.

Bien entendu, c'est dansle secteur de l'enseignement que les efforts les plus importants ont été consentis. Les paiements formulaires au nouveau-brunswick au titre des programmes pour les langues officielles dans l.'enseignement se chiffrent a 113 589 135$ depuis 1970. A ces montants, viennent s'ajouter 22 757 198$ en paiement hors formules. Je sais que vous serez particulièrement intéressés de savoir quelle proportion de ces montants a été consacrée à l'enseignement du francais langue premlère. Ils sont de 89 782 252$ pour le niveaux primaire et secondaire et 18 113 810$ pour le n iveau postsecondaire.

L'appui à l'enseignement du francais langue seconde se chiffre à 5 693 073$ pour la même période.

Plusieiurs projets intéressants qui ont été financés (durant la dernière année), méritent d'être signalés, notamment l'appui de $4.9 millions pour le rattrapage dans le secteur francophone du collège communautaire, une contribution de $2.4 m1illions pour la construction des centres scolaires-communautaires (St-Jean et Miramichi) et l'octroi de 15 millions additionnels pour le financement de l'université de Moncton.

L'université de Moncton par ailleurs à bénéficié de plusieurs contributions spéciales l'an dernier. Récemment, le sécretariat d'etat s'engageaità contribuer pour les trois prochaines années et jusqu'à concurrence de 50% aux coûts de développement du programme en administration publique. L'université à aussi recu 375 000$ pour la mise sur pied du baccalauréat en sciences forestières et 554 000$ pour son ecole de langues. Pour le secrétariat d'etat, l'université de Moncton demeure l'institution la plus importante pour les acadiens et l'une des plus importantes pour l' ensemble de la francophonie canadienne .je veux par conséquent réitérer aujourd'hui l'appui indéfectible du gouvernement du Canada à ses projets de développement. Je veux d 'ailleurs assurer le recteur de l'université que j'apporterai une attention trés particulière au projet de crétation d'un centre linguistique appliqué à la faculté des arts, projet que l'on m'a dit devoir soumettre d'ici peu et qui vient compléter celui auquel nous avons déjà contribué par l'octroi d' un demi million de dollars pour la création d'une ecole de langues a l'université de Moncton

Les acadiens ne peuvent pas compter sur l'isolement pour résister a l'assimilation, outre l'école, qui sera le facteur d'intégration à la communauté le plus fort, peu d'institutions de la minorité ne sont pas, aujourd'hui, en concurrence avec celles de la majorité. Les moyens d'information et les véhicules culturels se multiplient, l'infrastructure économique se diversifie, l'appariel d'etat s'etend à tous les domaines dans le cadre d'un systeème unifié. Si les institutions acadiennes ne peuvent pas rejoindre les acadiens en exclusivité, elles devront participer au d.veloppement de la communaté en s'imposant par leur excellence et la qualité de leurs liens avec la population. Il en résulte pour nous, du gouvernment du Canada, le devoir d'appuyer l'effort de rattrapage d'ont j'ai parlé en favorisant encore le développement du réseau scolaire francophone, en appuyant concrètement les institutions acadiennes pour leur permettre de s'affirmer davantage et détendre leurs services, en facilitant la concertation, le regroupement et la revendication par le maintien d'un réseau fort d'associations représentatives de la communauté acadienne. Le secrétariat d'etat continuera de faire preuve de leadership dans ce domaine.

Je voudrais d'ailleurs profiter de cette occasion pour dire que l'appui du secrétariat d'etat à la francophonie ne se limite pas à lui octroyer des argents. Le ministère que je dirige s'est aussi appliqué depuis plusieurs années à doter le pays de moyens modernes et efficaces pour intégrer rapidement les apports des diverses communautés nationales et régionales au patrimoine linguistique que tous les francophones partagent avec la francophonie internationale.

Au nombre des réalisations, je mentionmerai d'abord la banque de terminologie, l une des plus considérables au monde, puis qu'elle contient plus de l,200,000 termes. Dans un article du journal le monde, du 18 mai 1982 et intitulé "francophonie, quand l'exemple vient du Canada", l'auteur parlait de la banque de terminolog'ie du Canada dans les termes suivants: "la banque fédérale de terminologie bilingue est exemplaire. ..afiin de pouvoir fournir des néologismes aux francais". Nous croyons vraiment que la banque canadienne est un des meilleurs outils au monde, que ce soit au plan du contenu, du nombre d'utilisateurs, de sa simplicité, qu'au plan de l'étendue de son réseau. En effet, la banque rejoint plusieurs centres en amérique du nord et en europe, dont londres, paris et bruxelles. Elle est utilisée également par l'onu, par l'oaci et par le fmi. De plus, un nombre croissant de grandes entreprises prlvées canadiennes et américaines songent a être reliées à la banque ou le sont depuis peu. Nous espérons étendre le réseau pendant la prochaine année au maghreb et à l'afrique francophone, aussi bien que dans d'autres composantes de l'onu, telles l'onudi, l'unesco et l'agence internationale de l'énergie atomique.

Par ailleursi le Canada a conçu le seul système de traduction automatique qui soit opérationnel aujourd'hui. Ce système, appelé meteo, à été concu par un canadien,m.marcel paré, de l'université de montréal. Il se dl stingue encore nettement par ses performances de l'ortdinateur qui traduit du japonais à l'anglals et dont la mise en service à été soulignée avec éclat par les média le 18 mal dernier. De fait l'ordinateur bravice international est limité a 3,000 mots par jours de production et tous ses textes doivent être réécrits. Le Canada à aussi réalisé une, banque d'information qui a pour nom télidon et qu i re:presente pour les usagers de la langue francaise a l'ère et a l'heure de l'informatique un outil des mieux adaptés. Je crois sincèrement que le contenu des banques d'information représente une question vitale pour le Canada et probablement une question de survie pour sa communauté francophone.

Le secrétariat d'etat s'intéresse aussi, depuis 1973, à faire de l'ordinateur un outil utile à la communication interlangues. Nous disposons aujourd'hui d'un systèeme informatise qui nous permet de diffuser l'information météorologique à la grandeur du pays dans les deux langues officielles. Nous avons en outre conçu un système qui permet de traduir'e les manuels d'entretien des avions, domaine jusque la réservé à la langue anglaise. Nous avons enfin entrepris de concert avec le ministère des communications, une importante étude du traitement automatisé des langues naturelles et de l'intelligence articifielle.

Je crois fermement que la technologie moderne peut et dolt venir au secours de la langue fr.ancalse dans  le monde contemporain et que ce sont les outils que la technologie des communications est à créer qui devraient permettre à la langue francaise de poursuivre son épanouissement et de maintenir son rayonnement, surtout lorsqu'on pense aux moyens énormes que sont les liaisons satellites, par exemple, les réseaux de télévision éducative et les banques informatisées accessibles aussi bien aux chercheurs qu'aux étudiants du secondaire. Les lois et les règlements seront toujours des balises utiles, mais non suffisantes dans un monde où l'ordinateur. Devrait être au début du xxie siècle ce que fut la télévision au milieu du xxe.

L' idéologie de participation qui sous-tend la politique canadienne d'appui aux communautés linguistiques minoritaires s'appuie sur une confiance trés grande en la possibilite pour celles-ci de se maintenir et de se réaliser dans le cadre d'une société pluraliste et dynamique. J'estime que l'.expérience vécue au Nouveau-Brunswick constitue la preuve que cet idéal peut être atteint. J'ai d'ailleurs confiance quele Nouveau-Brunswick se dirige résolument vers denouveaux accomodements politiques et sociaux qui le conduiront plus loin sur la vole de l'egalité des communautés linguistiques. Les acadiens seront, j'en suis convaincu, à l'origine d'autres changements dans les rapports sociaux au Nouveau-Brunswick et au Canada.

Ils ont déjà reconnu la nécessité pour eux-mêmes d'investir dans un premier temps l'administration publique provinciale, d'y faire reconnaître le principe de la représentation équitable des communautés linguistiques et d'y exercer toute l'influence dont ils seront capables en vue du développement des leurs.

Je suis particulièrement sensible à cet objectif puisque j'avais moi-même au parlement du Canada un projet d'amendement à la loi sur les langues officielles le 2 mal 1980 dans le but de garantir au plan juridique l'équilibre entre francophones et anglophones dans lafonction publique. L'article 8.l(2) de mon projet se lisait comme suit: "Il incombe aux minstre, départements et autres institutions du parlement et du gouvernement du Canada d'assurer l'observation d'un juste équilibre dans le nombre d'emplois qu'ils réservent aux francophones et aux anglophones".

La gestion des affaires publiques, c'est en effet, dans le contexte actuel, une question qui doit être appréciée à la lumière du rôle envahissant des principaux fonctionnaires de l'administration. Bien souvent, je le reconnais, il arrive que les politiciens soient forcés de réagir aux propositions ou initiatives des fonctionnaires; dans le cas des dossiers où l'information à caractère technique prèdomine, le rôle des fonctionnaire sera souvent déterminant le processus de décision gouvernementale. L'absence ou l'inssuffisance de fonctionnaires francophones résultera sans contredit dans une méconnaissance des problèmes des régions acadiennes et l'adoption de priorités souvent incompatibles vec le devoir de l'administration de traiter de facon équitable les deux communautés linguistique officielles. Elle perpétuera l'emploi quasi exclusif de l'anglais comme langue de travail dans l'administration provinciale et renforcera le sentiment que le français est une langue sans véritable utilité économique.

Je suis donc particulièrement heureux de voir l'universitairé de Moncton rérondre avec détermination à ce besoin en élargissant son programme d'administration publique de façon a doter le communauté acadieene de candidats aptes à assumer les postes de commande dans la fonction publique déjà, l'universitairé de Moncton, qui vient tout juste de fêter ses 20 ans, jous un rôle de premier plan auprés de la communauté acadienne. Elle constitue un rôle d'attraction inégalé en ce qui concerne le jeune élite intellectuelle et de ce fait contribue à l'evolution de la pensée sociale et politique, de la critique des instutions en place, de la formulation des projets d'avenir de la collectivé. Milieu de formation et de recherche, elle alimente la culture aacadienne et française et façonne en quelque sorte le devenir des acadiens en ouvrant la jeunesse aux richesses de leur patrimoine et aux possibilités de la science et de la technologie.

Je ne saurais cependant passer aujourd'hui sous silence la disparition de cette autre importante institution acadienne que constituait le journal l'evangéline. Compte tenu de ce que j'ai déjà dit de l'importance des communications, de ce "balcon sur la civilisation franco-anglaise", comme le disait malraux, vous comprendez que je suis très préoccupé par l'absence d'un quotidien francophone pour les maritimes et que j'etime qu'il est essential que des efforts nouveuax soient déployés sans tarder pour combler ce vide. La cohésion sociale de la communauté acadienne, la concertation des populations des diverses régions francophones des maritimes, le besoin de s ' exp'rimer et de se mettre a l'écoute du monde commande que l'on trouve une solution aux difficultés qui rendent encore difficile le lancement d'un nouveau journal d'e langue francaise. Pour ma part, je désire réitérer mon intention d'apporter tout l'appui dont je suis capable aux.personnes ou groupes qui désirent s'atteler à cette tâche exigeante.

Je voudrais conclure en disant que le gouvernement du Canada désire être un point d'appui efficace pour le leadership de toute la francophonie canadienne; il veut lui donner les moyens d'agir au sein même des communautés francophones du Canada, lui ouvrir l'accès aux technologies modernes et faciliter pour lui létablissement de liens
avec la francophonie internationale. Aux maritimes, en particulier le gouvernement du Canada désire favoriser les échanges entre acadiens et participer au développement d'un réseau de communications sans lequel il sera bien difficile de faire échec a l'isolement et au repli sur sol. L'acadie dolt aussi se refléter sur le Canada. Notre défi à tous, c'est de donner une réalité a cet objectif.

Serge Joyal