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DÉCLARATION - Le décès de Joseph Fafard, O.C.

L’honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, en cette Journée internationale de la Francophonie, je voudrais vous inviter à rendre hommage à un grand sculpteur canadien originaire de la Saskatchewan. Samedi dernier est décédé le sculpteur contemporain du Canada le plus connu, le Fransaskois Joe Fafard.

[Traduction]

Vous vous demandez peut-être qui était Joe Fafard. Honorables sénateurs, eh bien, c’est l’artiste qui a créé les six étonnantes vaches grandeur nature qui ont été placées, en 1986, dans la cour intérieure du square de la Banque Toronto Dominion à Toronto. À l’époque, l’œuvre a presque provoqué un scandale. Comment avait-on pu placer six vaches au beau milieu du district financier de Toronto, si loin de l’atmosphère paisible de la campagne où de tels animaux passent généralement leur vie?

Mais ce site n’offrait-il pas en fait l’endroit idéal pour placer ces vaches, notamment pour rappeler aux acteurs du monde financier et aux citadins que dans le rythme accéléré du monde des affaires, il ne faut pas oublier que la nature est indissociable de la condition humaine?

[Français]

Qui était Joe Fafard? Né en 1942 sur une petite ferme de Sainte-Marthe-Rocanville à la frontière de la Saskatchewan et du Manitoba, Joe Fafard est issu d’une famille originaire de la région des Bois-Francs, au Québec, qui avait migré vers l’ouest 50 ans plus tôt. Enfant, Fafard avait un talent naturel pour le dessin et la sculpture, et a commencé très tôt à modeler dans la glaise les portraits de sa famille et le monde qui l’entourait, soit celui de la ferme de ses parents avec ses animaux, les vaches, les veaux, les porcs et les chevaux qui peuplaient son univers.

[Traduction]

Étant donné la rigueur du climat canadien, Joe Fafard s’est rendu compte très tôt que, pour survivre au temps, ses animaux en glaise devaient être coulés dans le bronze. Ainsi, à défaut de fonderie à proximité, l’artiste a créé sa propre fonderie sur un terrain qu’il avait acheté à Pense, à l’ouest de Regina. Fafard a vécu toute sa vie en Saskatchewan et s’est fait connaître pour ses animaux grandeur nature. Il a ensuite élargi ses œuvres étonnamment réalistes avec des bustes de personnages bien connus sur la scène canadienne, notamment la reine, John Diefenbaker, Pierre E. Trudeau, Jean Chrétien et les célèbres peintres Van Gogh et Picasso.

C’est au début des années 1980, à Montréal, que j’ai vu pour la première fois une sculpture de Fafard, dans une collection privée. Il s’agissait du buste du prince Charles dans sa jeunesse, qui avait un caractère presque caricatural et kitsch. Les rétrospectives de l’œuvre de Fafard présentées au Musée des beaux-arts de Montréal, en 1996, et au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, en 2007, ont attiré l’attention des Canadiens sur ses fameux chevaux et vaches peints de diverses couleurs et représentant différentes races. Ces œuvres ont permis à l’artiste de se tailler une réputation internationale.

J’ai eu le privilège de le rencontrer en 1995 quand un ami m’a demandé de commander une œuvre peu commune. J’ai dit à Joe Fafard : « Vous avez sculpté bien des vaches, pourquoi pas un gros taureau? Après tout, un troupeau de vaches a bien besoin d’un taureau. » Pour veiller à leur bonheur, comme l’aurait dit le sénateur Mercer. Il m’a demandé ce que je voulais dire. Je lui ai répondu que je voulais une sculpture d’un taureau en bronze, de la taille d’un monument, qui serait placée dans un champ pour que les gens restent perplexes de voir une énorme sculpture d’un taureau seul, en train de paître.

Il a conçu un modèle en styromousse pour établir le contour, le profil et la taille d’une sculpture du taureau Hanoverhill Starbuck. L’énorme sculpture a été expédiée de la Saskatchewan au Québec sur un wagon plate-forme. Elle pesait plus de deux tonnes. Nous avons dû faire couler une base de béton pour ne pas que la sculpture s’enfonce dans le sol, surtout au dégel du printemps. Par la suite, la sœur de l’ancien premier ministre John Turner a voulu une sculpture semblable d’un taureau pour sa ferme dans les Cantons-de-l’Est. Joe Fafard lui en a fait une, mais de couleur différente.

[Français]

La leçon qu’on peut tirer de l’importante contribution de Joe Fafard à la culture canadienne est convaincante. On peut être né et vivre toute sa vie en français dans une petite ferme au Canada, dans un lieu qui apparaît perdu, mais le talent, la langue et l’identité culturelle sont plus forts que tout.

À la famille de Joe Fafard, offrons nos plus sincères condoléances.