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C-5 - La Loi sur les musées - Projet de loi modificatif - Deuxième lecture

 

L'ordre du jour appelle :

Reprise du débat sur la motion de l'honorable sénatrice Eaton, appuyée par l'honorable sénateur Gerstein, tendant à la deuxième lecture du projet de loi C-7, Loi modifiant la Loi sur les musées afin de constituer le Musée canadien de l'histoire et apportant des modifications corrélatives à d'autres lois.

L'honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, avant de vous faire part de mes observations sur le projet de loi C-7, je tiens à vous informer que, conformément au Code régissant les conflits d'intérêts des sénateurs, j'ai demandé l'avis de la conseillère sénatoriale en éthique. Je tenais à m'assurer que je ne me retrouverais pas en situation de conflit d'intérêts en participant à ce débat, puisque j'ai déjà été bienfaiteur du Musée canadien des civilisations. Je participe à un programme conjoint avec le musée et, bien entendu, il se peut que je continue à aider celui-ci. Par conséquent, je souhaitais m'assurer qu'en participant au débat d'aujourd'hui, je ne donnerais pas l'impression d'être intéressé personnellement par la question. La conseillère sénatoriale en éthique m'a donné le feu vert. Cela dit, honorables sénateurs, permettez-moi maintenant de vous faire part de mes observations.

Le changement de nom peut sembler inoffensif pour bien des sénateurs; c'est comme si on rénovait la façade d'une maison, qu'on changeait les portes et les fenêtres ou qu'on refaisait l'entrée. C'est encore la même maison, mais refaite au goût du jour.

Or, ce n'est pas du tout l'objet du projet de loi C-7. Il s'agit plutôt d'un changement fondamental. Comme je l'ai dit, je tiens à vous faire part de mes inquiétudes en ce qui concerne le projet de loi et le rôle que joue ce musée au Canada.

Tout d'abord, je vous rappelle qu'il s'agit de la plus vieille institution du Canada. Le Musée canadien des civilisations est sis, depuis 1990, dans un édifice futuriste qui suscite encore l'admiration des Canadiens qui visitent la capitale nationale. Cet édifice très moderne et contemporain abrite cependant l'une des plus vieilles institutions du Canada; celle-ci a été fondée avant le Musée des beaux-arts du Canada et bien d'autres institutions nationales, comme le Musée canadien de la guerre et même Bibliothèque et Archives Canada.

En fait, ce musée remonte — selon ce que mes recherches m'ont permis de trouver — à 1841, à l'époque du Canada-Uni, avant même, sénateur Moore, que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle- Écosse en fassent partie. C'est cette année-là qu'a été fondée la Commission géologique du Canada.

À l'époque, nos prédécesseurs, les députés du Parlement du Canada-Uni, s'intéressaient surtout aux ressources naturelles du pays et voulaient créer une commission chargée de collectionner les pierres, les minéraux et tout ce qui compose nos terres, et de les conserver dans un musée.

En fait, le premier musée a ouvert ses portes à Montréal en 1856, parce que, à l'époque, cette ville était la capitale du Canada. Bien entendu, puisqu'il devait faire partie de la structure institutionnelle du Canada-Uni, ce premier musée a été construit à Montréal.

Au fil des années, on a élargi le mandat du musée. Par exemple, en 1877, à savoir 10 ou 20 ans plus tard, le musée a reçu un nouveau mandat : la collection de tout ce qui se rapporte aux fleurs, aux animaux et, surtout, à l'histoire ancienne de l'humanité, c'est-à-dire les traditions, les langues et les conditions de vie de la population des régions inexplorées du Canada.

C'était en 1877.

Vous pouvez donc comprendre que, ayant été créé à cette époque, le musée est une très vieille institution, et que l'intérêt pour l'histoire de l'humanité au Canada ne date pas d'hier.

Ce premier musée a été réaménagé dans le nouvel Édifice commémoratif Victoria en 1910, et je suis sûr que beaucoup d'entre vous savent où cet édifice se trouve : au bout de la rue Metcalfe, juste devant le Parlement. Beaucoup d'entre vous sauront aussi que, lorsque le Parlement a été détruit par un incendie en 1916, il s'est installé dans cet édifice. Le Sénat et la Chambre des communes ont pris la place du musée dans l'Édifice commémoratif Victoria jusqu'à ce que l'édifice du Parlement soit restauré et qu'ils puissent l'utiliser à nouveau.

C'est seulement en 1956 que le Musée d'histoire de l'Homme a été créé. C'est le nom qu'il portait. Évidemment, le terme « homme » s'appliquait dans ce cas aux deux sexes, à tous les êtres humains plutôt que seulement aux personnes de sexe masculin. En 1969, c'est devenu le « Musée national de l'Homme ». Ce n'est qu'en 1986 qu'on a fini par lui donner le nom de Musée canadien des civilisations, au lieu de Musée national de l'Homme.

(1500)

Quand on étudie le rôle joué par cet établissement au sein du réseau des musées canadiens, on comprend bien — et il est d'ailleurs essentiel de le comprendre — qu'il figure parmi les plus gros succès muséaux canadiens.

Honorables sénateurs, en 1972, dans une ancienne vie — avant même que je ne sois élu député, en fait — j'occupais le poste de directeur de l'Association des musées canadiens. À l'époque, le Musée de l'Homme était déjà extrêmement populaire, parce que les écoles du pays s'en servaient comme outil pédagogique. Elles y trouvaient tout ce dont elles avaient besoin pour enseigner les sciences naturelles. À cette époque, les sciences naturelles, la biologie et les autres disciplines connexes, étaient au programme de toutes les écoles du Canada.

Je n'apprendrai rien à personne en disant que ce musée figure aussi parmi les plus achalandés du pays. L'an dernier, il a accueilli 1,3 million de visiteurs, c'est-à-dire autant que le Musée des beaux- arts de Montréal.

En passant, je tiens à signaler que le Musée des beaux-arts de Montréal compte 85 000 abonnés. C'est ahurissant, parce que, à titre comparatif, le Musée de Vancouver, lui, accueille en moyenne chaque année 85 000 visiteurs au total. Par conséquent, quand on compare 85 000 visiteurs à 85 000 abonnés, on voit tout de suite qu'on parle d'un musée populaire.

Je n'oublie pas mes amis torontois, comme les sénateurs Eggleton et Eaton. Le Musée royal de l'Ontario dépasse lui aussi le million de visiteurs, alors que, de son côté, le Musée des beaux-arts de l'Ontario en a accueilli près de 800 000 l'an dernier, selon le Toronto Star. Voilà qui prouve ce que je disais : la communauté muséale du Canada est aussi dynamique que vivante. Les Canadiens s'intéressent à la diversité que leur offrent les différents musées du pays.

Il importe cependant d'interpréter les statistiques de fréquentation à la lumière des expositions que les gens choisissent d'aller voir lorsqu'ils vont au musée. Le Musée des civilisations m'a fourni des chiffres; je tenais personnellement à les connaître parce que c'est très intéressant.

Depuis l'inauguration du nouvel édifice, en 1989, ce qu'on appelle la salle du Canada — la grande salle avec des totems, celle qui permet le mieux de se représenter ce qu'est le Canada, avec l'immensité de son territoire, la beauté de ses paysages et la diversité de sa population, notamment autochtone — a accueilli à elle seule un écrasant 4,5 millions de visiteurs. Quant à la salle des Premiers Peuples, 2,5 millions de personnes l'ont visitée depuis 2003.

Autrement dit, lorsque les gens viennent à Ottawa — et je ne dis pas cela pour vous manquer de respect, honorables sénateurs, pas plus qu'à nos collègues de l'autre endroit —, ce n'est pas pour nous voir : c'est pour visiter ces endroits. C'est ce qui les attire. Les Canadiens sont avides de comprendre leur pays et de prendre conscience de sa diversité. C'est là ce qui les fascine, et d'autres statistiques de fréquentation le confirment sans équivoque.

Ainsi, en 2003, l'exposition intitulée Presenza : Un nouveau regard sur l'héritage italo-canadien a, à elle seule, attiré 255 000 visiteurs en une année. Elle était fort attrayante pour les Canadiens d'ascendance italienne, qui sont présents un peu partout au pays. En 2005, il y a eu Design à gogo, qui portait sur l'esthétique et le modernisme des années 1960. Cette exposition a accueilli 250 000 visiteurs. En 2012, en à peine trois mois environ, 92 000 Canadiens sont allés voir l'exposition Une reine et son pays.

Je reviendrai plus tard sur cette exposition et sur quelques autres.

Il est important de comprendre que ce musée connaît du succès et qu'il reçoit l'appui de diverses communautés. Il y aura des répercussions si nous modifions sa vocation. Comme je le disais, on ne peut pas dire que nous allons simplement mettre une nouvelle enseigne sur la porte principale et que le musée restera le même qu'auparavant. Comme vous l'avez constaté, au cours des 150 dernières années, ce musée a évolué pour devenir l'institution prospère que nous connaissons aujourd'hui.

Remarquez que, je ne suis pas contre l'enseignement de l'histoire. En fait, j'y porte moi-même un intérêt de très longue date.

Plusieurs d'entre vous étaient au Sénat lorsque le sénateur Grafstein y siégeait. Je pense au sénateur Segal à l'époque où nous débattions du projet d'établir un Musée national du portrait. Ce musée était un projet que le sénateur Grafstein et moi avions conçu. Nous avions convaincu le gouvernement de l'époque de l'adopter et de le situer dans l'édifice de l'ancienne ambassade des États-Unis qui se trouve devant nous. Aujourd'hui, lorsque vous quitterez le Sénat, parcourez l'allée et allez voir cet édifice. Il est vide.

Le gouvernement de l'époque a annoncé ce projet en 2001. La conception architecturale du musée, qui allait coûter 22 millions de dollars, a été dévoilée en 2005. Je répète : 22 millions de dollars. Le gouvernement actuel a destiné 25 millions de dollars seulement pour la réorganisation de la salle principale du Musée canadien des civilisations. Autrement dit, pour réorganiser l'exposition permanente du Musée canadien des civilisations, il en coûtera davantage que le coût prévu en 2005 pour instaurer le Musée national du portrait.

Lorsque le nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir, le projet du musée a été reconsidéré et le gouvernement a proposé de le déplacer à Calgary, en Alberta. Apparemment, selon les médias et les journaux de l'époque — je ne divulgue ici rien de secret ni de confidentiel —, la société Encana, que nous connaissons tous, aurait offert d'héberger le Musée national du portrait à Calgary. Cependant, lorsqu'on a examiné les coûts d'exploitation liés au transport des portraits entre Ottawa et Calgary, on a constaté que cela ajouterait 2,5 millions de dollars par année aux frais d'administration de l'établissement. La société Encana a donc décidé, pour toutes sortes de raisons confidentielles, de se retirer du projet.

Le gouvernement, qui était encore intéressé par l'idée d'une galerie de portraits, a décidé de demander aux villes canadiennes qui souhaitaient accueillir la galerie de portraits du Canada de soumettre des propositions. La Ville d'Ottawa a répondu à l'appel. Je me souviens d'en avoir parlé au président de la Commission de la capitale nationale. Ottawa était prête à loger la galerie de portraits dans un immeuble sur la rue Metcalfe, près de la rue Lisgar; la ville souhaitait changer la vocation de cet immeuble.

Après mûre réflexion, le gouvernement a abandonné le projet, et aucune galerie de portraits n'a vu le jour. Rien ne donne à penser que ce projet renaîtra sous peu de ces cendres.

(1510)

Je tiens à vous faire part d'une autre décision qui a fait l'objet d'une annonce, soit la création du centre d'histoire du Canada dans l'ancienne gare de train située en face du Château Laurier. Ce projet a survécu six mois. Le premier ministre de l'époque avait annoncé en mai 2003 la création de ce centre. À l'origine, le projet devait être calqué sur l'Independence Hall de Philadelphie. Je ne sais pas si certains d'entre vous sont déjà allés dans cette ville et si vous en avez profité pour visiter l'Independence Hall. Vous savez bien entendu qu'on y raconte l'histoire de la Révolution américaine et de l'indépendance des États-Unis — de la création des États-Unis, quoi — et qu'on y établit notamment le contexte historique de l'expansion de ce pays. Le centre d'histoire du Canada aurait repris ce modèle, et les visiteurs qui seraient venus à Ottawa auraient pu en apprendre davantage sur la création et la structure du Canada ainsi que sur ce que les fondateurs du pays pensaient, qu'il s'agisse de sir John A. Macdonald, de George-Étienne Cartier, de D'Arcy McGee ou des autres pères fondateurs que nous aimons tant citer dans nos interventions au Sénat. Six mois plus tard, un nouveau premier ministre, pour des raisons judicieuses à cette époque, a décidé d'abandonner le projet. Comme vous le savez tous, nous siégerons temporairement à la gare de train vers 2017, lorsque le Sénat devra tenir ses délibérations dans un autre immeuble pendant que le Parlement sera remis à neuf et modernisé.

Autrement dit, le bâtiment de l'ancienne ambassade américaine sera toujours vide, sans aucun projet à l'horizon.

Honorables sénateurs, malgré tout ce que je viens de dire, je ne m'oppose pas du tout à l'idée qu'un musée, situé dans notre capitale, présente une exposition didactique de l'histoire du Canada. Cependant, cette idée est maintenant chose du passé. Je me tourne vers les ministériels en disant cela. J'ai moi-même joué un rôle clé dans l'exposition organisée par le Musée canadien des civilisations à l'occasion du jubilé de diamant de Sa Majesté la reine Elizabeth II, car je lui ai fait don d'artéfacts symboliques des 60 années de règne de Sa Majesté et de ses contributions à l'édification du Canada. Je pensais que c'est quelque chose que nous devions savoir. Nous savons ce que nous devons faire si nous voulons changer le système. Nous connaissons l'article 41 de la Constitution et toutes les subtilités qui en découlent. Je pensais quand même qu'il était important que nous profitions de cette occasion, l'année de son jubilé de diamant.

Le Musée canadien des civilisations a accepté cette proposition. Il a également accepté, par écrit, d'organiser, à l'occasion du 150e anniversaire du Canada, une exposition sur l'histoire et l'évolution des symboles, des emblèmes et des armoiries du Canada. Certains néo-Canadiens, à l'instar de beaucoup de citoyens, croient que l'actuel drapeau canadien — la feuille d'érable — a toujours été notre emblème ou que nos armoiries, que je vois sur ce mur et qui ornent le fauteuil du Président, n'ont jamais changé. Or, ce n'est pas le cas. Les emblèmes, les symboles et les armoiries du Canada ont changé au cours des 200 dernières années au rythme de l'évolution du Canada.

Je trouvais qu'il était important, à l'occasion du 150e anniversaire, de pouvoir exposer les artéfacts illustrant cette évolution et d'avoir une exposition itinérante. Quel dommage que le Président Kinsella ne soit pas au fauteuil — ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas le plus grand respect pour notre distingué Président intérimaire cet après-midi. À l'époque, j'avais discuté avec le Président Kinsella de la possibilité de montrer ces artéfacts dans l'édifice de l'Est après le 150e anniversaire afin qu'ils puissent contribuer à la compréhension qu'ont nos visiteurs de l'essence du Canada et de la façon dont notre pays a évolué et s'exprime différemment, que ce soit dans les provinces atlantiques ou dans l'Ouest, parce que le symbolisme est différent, compte tenu du caractère distinctif et de l'identité des diverses régions du pays.

Je n'ai rien contre le fait que de tels artéfacts soient exposés dans des musées canadiens, tout comme je n'avais rien contre l'énergie et l'argent que le gouvernement a consacrés à la commémoration de la guerre de 1812. Le gouvernement a essuyé des critiques pour avoir dépensé trop d'argent mais, honorables sénateurs, à mon avis, il s'agit d'un élément fort important de l'histoire canadienne.

D'ailleurs, ceux d'entre vous qui m'ont fait le plaisir d'assister à la réception que le Président a organisée la semaine dernière sauront que, dans mes propres livres, publiés cet automne, il y a deux chapitres sur la guerre de 1814, le premier sur la guerre elle-même et le deuxième sur ses héros. Un des héros que nous célébrons cet automne est Ignace-Michel de Salaberry. Il a réussi à repousser les Américains à la frontière du Québec. Cela ne fait aucun doute; j'ai passé en revue toutes les anthologies de poèmes, les ouvrages littéraires, les romans, les chansons et l'histoire qui, pendant des années, ont fait de cet homme le plus grand héros des Canadiens français. Avant les missionnaires et qui que ce soit d'autre, le tout premier personnage à mériter un monument — en fait, il en avait trois à cette époque — était de Salaberry. C'est pourquoi je pense qu'il est important, lorsque nous commémorons la guerre, de tenter de réfléchir aux objectifs de la guerre et à son héritage, car une guerre n'est jamais neutre. Lorsqu'une guerre prend fin, le monde n'est plus jamais pareil. Je pense à notre distingué collègue, le sénateur Dallaire. C'est une réalité qu'il connaît et qu'il pourrait nous expliquer avec plus d'éloquence que moi. Je n'ai rien contre la commémoration de la guerre de 1812. Bien au contraire. D'ailleurs, j'ai avec moi le programme du séminaire que j'ai organisé à la Grande Bibliothèque, à Montréal, le vendredi 25 octobre, en compagnie des historiens du Collège militaire royal du Canada de Kingston, car je pensais qu'il était important de réfléchir à cette situation et de chercher à mieux la comprendre, à l'extérieur d'un contexte où le gouvernement ou moi chercherions à amener les historiens à en venir à des conclusions différentes sur le grand thème de la guerre.

Honorables sénateurs, l'élément important qu'il faut garder à l'esprit est que le Musée des civilisations ne s'intéresse pas qu'aux aspects historiques de notre vie contemporaine. Il s'intéresse tout autant à l'histoire de notre pays. Je pense que ce qu'il fait pour les peuples autochtones, surtout dans l'Ouest du Canada, est très admirable, mais il s'intéresse également beaucoup aux questions contemporaines. Je crains que ce changement de nom ne l'amène à renoncer à cet intérêt. Nous aurons en bout de ligne une institution qui n'aura pas la même gamme d'intérêts qu'elle a su mettre en valeur dans ses 157 ans d'existence et peut-être même davantage, comme je l'ai décrit plus tôt.

N'oublions pas non plus que ce qui fait vivre et prospérer une institution, et ce qui lui permet d'exercer une influence, c'est la recherche. Le Musée d'histoire de l'Homme comptait d'excellents chercheurs. Il y a eu sir William Logan. Qui ne connaît pas le mont Logan, dans les Rocheuses, qui doit son nom à celui qui fut le premier directeur de ce musée? Nous connaissons tous — du moins mes collègues du Québec et de la communauté francophone du Canada — Marius Barbeau, qui a été chercheur émérite au Musée de l'Homme et qui a recueilli plus de 6 000 chansons folkloriques qui menaçaient de disparaître au fil des générations. Ce trésor fait maintenant partie de la collection de ce musée, qui est unique en son genre dans le monde.

(1520)

Les sénateurs comprendront que, pour que cette institution puisse continuer à jouer son rôle, il faudrait lui allouer des ressources additionnelles afin de lui permettre de conserver un effectif de chercheurs pour l'aider à présenter le matériel aux Canadiens — pas seulement à ses 250 000 visiteurs ou aux millions de personnes qui le visiteraient, mais à l'ensemble des Canadiens — au moyen des publications et des catalogues qu'il produirait.

De plus, ce qu'il faut se rappeler dans le cas d'un musée de l'histoire, honorables sénateurs, c'est que l'histoire n'est pas une science exacte. Ce n'est pas comme la chimie, la physique ou les mathématiques. L'histoire est une science de l'interprétation. Tout comme la sociologie, ce n'est pas une science exacte. On sait qu'un phénomène existe, mais il peut y avoir des milliers de points de vue pour l'expliquer.

Il n'y a pas qu'une seule histoire. Il y a des dates et des faits, et ceux-ci sont incontournables, mais l'interprétation qu'on en fait évolue au fil des ans.

Je vais vous donner un exemple. Si nous avions écrit l'histoire des peuples autochtones au cours des années 1950, alors que les pensionnats indiens étaient encore ouverts et que le Département des Indiens avait encore pour politique de « civiliser les Indiens », nous n'aurions pas la même optique que celle que nous aurons dans cinq ans, lorsque la Commission de vérité et réconciliation aura produit son rapport et que nous serons mieux placés pour comprendre ce qu'ont vécu les Autochtones du Canada. C'est pourquoi je vous dis que l'histoire est une science de l'interprétation.

Permettez-moi de citer les propos de la présidente de l'Association québécoise pour l'enseignement en univers social, Mme Lise Proulx, publiés dans un texte paru samedi dernier dans le quotidien Le Devoir. Je tiens à rapporter ses propos parce qu'ils résument essentiellement ce que je veux dire.

[Français]

« Ce serait mentir aux élèves que de ne pas leur dire que l'histoire, c'est des interprétations. Tous les historiens savent ça. »

[Traduction]

Il faut dire aux étudiants que l'histoire repose sur des interprétations. On ne devrait pas dire aux étudiants « voici l'histoire » et l'enseigner cette discipline comme on le fait de la bible ou de l'évangile. L'histoire, ce n'est pas cela. L'histoire évolue : les perceptions, les points de vue, la démarche et les conclusions, comme je l'ai dit, varient avec les années. Si nous devons faire du Musée des civilisations le Musée canadien de l'histoire, il est important de se rappeler que nous nous trouvons sur le terrain mouvant des interprétations.

Normalement, que fait le gouvernement en pareille situation? Il établit une relation d'indépendance avec le musée, afin de dissiper tout soupçon voulant que celui-ci présente en réalité une interprétation officielle de l'histoire du Canada.

Selon moi, un élément fort important dans le contexte entourant l'annonce du centre d'histoire du Canada en 2003 — j'ai consulté les archives sur ce sujet —, c'est le fait qu'on avait créé en même temps un comité consultatif, essentiellement composé d'historiens. Je vais lire leurs noms aux fins du compte rendu, parce que je crois que c'est très important.

Le comité devait être présidé par Mme Charlotte Gray et ses membres étaient Marcel Hamelin, un Québécois connu; Jacques Lacoursière, qui est encore plus connu; Tina Loo; Robert Pichette — je regarde notre collègue originaire de l'Acadie; Anna Porter; Rob Pritchard; le chef Roy Whitney, un représentant autochtone, et Frances Wright. La tâche de ce comité consultatif consistait essentiellement à donner des conseils quant à la forme qu'allait prendre le centre d'histoire du Canada, y compris la mise en œuvre d'un ambitieux programme national de rayonnement.

Si le gouvernement doit aller de l'avant avec ce projet de loi, il est important d'établir une espèce de tampon. Autrement dit, il faut créer une distance entre le ministre et le gouvernement, d'une part, et le musée en tant qu'institution, d'autre part : celui-ci doit avoir les coudées franches sur les plans de la recherche, des programmes, de la définition des thèmes des expositions et, en fait, de l'élaboration de ce que les professionnels du milieu jugeraient essentiel à ce stade- ci pour que nous comprenions mieux, à la lumière des leçons tirées du passé, ce que nous sommes et où nous allons en tant que pays.

Honorables sénateurs, j'espère que, lorsque nous aurons l'occasion d'entendre les témoins, le président — le sénateur Ogilvie — le sénateur Eggleton et les autres membres du comité directeur pourront orienter leur réflexion en ce sens. Je le répète, ce n'est pas que je m'oppose à la création d'un musée de l'histoire à Ottawa. J'ai simplement essayé de vous faire comprendre qu'il s'agit d'un élément absolument essentiel. Tous les pays du monde occidental avec lesquels nous avons « une tradition et une histoire » en commun ont ce genre d'établissement, comme la Grande- Bretagne possède un musée national du portrait à Londres.

L'ex-président de la France, mon ami Nicolas Sarkozy, avait annoncé, le 1er janvier 2012, qu'il établirait la Maison de l'histoire de France, mais son successeur, le président Hollande, a relégué le projet aux oubliettes quand il est arrivé au pouvoir un an plus tard.

Nous voyons donc que notre pays n'est pas le seul où l'idée d'un centre de l'histoire apparaît, puis disparaît, mais nous constatons qu'on souhaite, en tout cas, offrir une installation quelconque à la population, que ce soit en Grande-Bretagne ou aux États-Unis — vous connaissez tous le musée du portrait à Washington. Ceux qui font partie du Groupe interparlementaire Canada-États-Unis l'auront certainement visité, comme ils auront visité le Smithsonian, certainement l'un des établissements de cette nature les plus importants et les plus réputés dans le monde. Ils auront également visité, en France...

[Français]

Le musée du Château de Versailles contient la plus grande collection de portraits français qu'on puisse imaginer.

[Traduction]

Ces œuvres doivent être exposées avec des moyens contemporains et, bien entendu, il faut faire appel à des experts pour que le projet reste crédible et ne soit pas réalisé aux dépens de l'approche beaucoup plus globale qu'est celle de l'histoire de l'humanité, comme je l'ai dit.

L'histoire de l'humanité n'est pas seulement l'histoire du Canada. Il est essentiel de mettre en valeur l'histoire du Canada, et nous devons la comprendre, mais nous devons aussi comprendre l'histoire de l'humanité dans une perspective beaucoup plus large. Je suis certain que les succès passés du Musée canadien des civilisations sont attribuables aux capacités de ses dirigeants. Je fais entièrement confiance au PDG du Musée des civilisations, Mark O'Neill. Je crois que c'est un dirigeant très compétent.

Cependant, les honorables sénateurs comprendront que nous devons répondre à certaines préoccupations concernant ce changement, car il me semble qu'il nous est proposé dans l'intérêt des générations futures. Je suis personnellement un ami de ce musée. J'espère l'être autant dans sa nouvelle version que dans sa version actuelle, mais je pense que nous verrons comment répondre aux préoccupations lorsque nous aurons l'occasion d'entendre les témoins qui seront certainement convoqués par le comité.

Merci, honorables sénateurs.

(1530)

L'honorable Jim Munson : Le sénateur accepterait-il de répondre à une question?

Le sénateur Joyal : Oui, s'il me reste du temps.

Le sénateur Munson : Je vis ici, à Ottawa, étant donné que je représente la division d'Ottawa/Canal Rideau, et, malheureusement, le Musée du portrait n'a jamais vraiment vu le jour ici. En fait, le seul moment où on peut maintenant voir des portraits ici, à Ottawa, c'est lorsqu'on patine sur le canal. Au cours des deux ou trois dernières années, on pouvait voir de très beaux portraits sous le pont de la rue Bank. C'est là que les touristes devaient aller pour voir des portraits et en apprendre plus sur l'histoire de notre pays. Il est curieux de voir, lorsqu'on s'arrête à cet endroit, des patineurs des quatre coins du pays qui prennent une pause pour regarder les 12 portraits. Il y en a six de chaque côté.

Puisque vous êtes un ardent partisan du Musée du portrait, savez- vous ce que le nouveau Musée canadien de l'histoire présentera comme expositions? Seriez-vous satisfait s'il y avait une section, du moins dans les circonstances actuelles, réservée aux portraits représentant des figures marquantes de notre histoire dans le nouveau Musée canadien de l'histoire? D'ailleurs, où se trouvent en ce moment ces portraits que les Canadiens n'ont pas l'occasion de voir?

Le sénateur Joyal : Je vous remercie de votre question, honorable sénateur. Oui, c'est vrai, je m'intéresse aux portraits, comme vous le savez, car je crois que vous siégiez au Sénat à cette époque. Nous avons des portraits de la souveraine qui dirige notre monarchie constitutionnelle, et j'étais l'un de ceux qui ont appuyé, à ce moment-là, la présidente du Comité de la régie interne, la sénatrice Bacon. Le sénateur Moore était là lui aussi. Et des sénateurs de l'autre côté appuyaient fermement cette initiative, qui n'était pas du tout partisane.

Ce projet m'a toujours intéressé, parce que la collection des Archives nationales du Canada compte un million de portraits; j'ai bien dit un million. Je répète : un million. Lorsqu'on m'a offert une visite, j'ai moi-même été surpris de découvrir les trésors que recèle la collection de cette institution, qui n'a pas le mandat d'exposer ces objets. Comme je l'ai dit à l'époque, ce ne sont pas que des portraits de politiciens, lesquels ne représentent d'ailleurs qu'une infime partie de la collection. Ce sont aussi des portraits de Canadiens de toutes les origines pratiquant toutes sortes d'activités.

Sénatrice Lovelace Nicholas, on y trouve plus de portraits des peuples autochtones que vous ne pouvez l'imaginer. Cette collection recèle des souvenirs de toutes les collectivités autochtones au pays. On peut y voir tout ce qui touche les peuples autochtones, y compris les costumes et les coutumes. Je me suis dit que l'occasion était parfaite pour permettre aux visiteurs du Parlement de voir la population canadienne dans sa diversité.

Comme je l'ai dit, c'est ce qu'on voit à Londres, à Washington, en France, et même dans la capitale nationale de l'Australie. La création d'une telle institution n'a rien de fantaisiste. On juge que c'est essentiel pour que les citoyens puissent découvrir l'histoire et la diversité de leur pays. Aujourd'hui, avec Internet, nous aurions pu aisément rendre ce trésor accessible à tous les Canadiens.

Aujourd'hui, cet immeuble vide est à l'abandon. C'est un des biens du ministère des Travaux publics qui font partie de ce qu'on appelle la Colline du Parlement. Comme vous le savez, toutes sortes de projets ont été proposés pour cet immeuble. On a voulu en faire un centre d'information ou un endroit pour accueillir ceux qui rendent visite au premier ministre ou à des ambassadeurs. On devait même s'en servir comme annexe de la salle de réception du Parlement.

Puis, le projet a été suspendu, Travaux publics ayant conclu que nous allions avoir besoin de cet immeuble, car nous devrons quitter le Parlement vers 2017 ou 2018. Il répond sans doute à un besoin, mais il ne constituera qu'une solution temporaire, un endroit où loger temporairement le bureau du premier ministre ou un autre bureau prestigieux.

Présentement, l'immeuble est vide, car, lorsque le projet a été interrompu, le projet de musée du portrait a été arrêté, mais deux contrats avaient déjà été octroyés. Le premier visait à faire vider l'immeuble en vue d'y aménager des salles d'exposition. L'autre prévoyait l'excavation du site adjacent. Je m'en rappelle très bien : c'était un contrat de 352 000 $. Il y avait eu un appel d'offres et des propositions avaient déjà été soumises, mais le gouvernement à l'époque — le nouveau gouvernement — avait décidé de mettre un terme au projet.

L'immeuble est dont inutilisable dans son état actuel. Il ne suffirait pas d'y passer le plumeau, de balayer le plancher et de laver les fenêtres. L'immeuble est inutilisable. Il a été carrément dépouillé. Autrement dit, ce ne sont que des murs nus à l'intérieur. Tous les panneaux de distribution ont été entreposés en prévision de l'installation de la ventilation, du nouveau système de chauffage, du système électrique et tout le reste.

L'immeuble restera ainsi pendant un nombre indéterminé d'années, car nous n'avons encore rien décidé et je profite du retour du Président pour soulever la question. Nous devons, au Sénat, songer à la façon dont nous soulignerons le 150e anniversaire et je pense qu'au cours des prochaines années, nous devrions pouvoir proposer quelque chose pour cet immeuble.

Le Sénat est la mémoire du Parlement et, si nous nous soucions du rôle institutionnel à long terme de notre Chambre, nous devrions réfléchir à la place que cet immeuble pourrait occuper dans ce que j'appelle la mémoire plus vaste du Canada.

C'est une possibilité qu'il faut envisager. À notre retour, monsieur le Président, nous pourrions peut-être présenter une motion visant la création d'un comité que vous pourriez présider. Vous seriez la personne toute désignée, puisque vous avez un avenir devant vous. Nous pourrions donc demander à un comité non partisan d'examiner les idées que nous proposerons pour souligner le 150e anniversaire du pays.

En tant que sénateurs, nous nous intéressons à l'histoire, à la façon dont notre perception du pays a évolué et à l'héritage que nous laissons. En effet, notre rôle ne se borne pas à organiser des dîners et d'autres détails. Nous voulons laisser un héritage. Il m'apparaît important que le Sénat laisse un héritage tangible et que notre contribution puisse aider ceux qui nous succéderont à comprendre quels étaient nos objectifs et à s'en servir pour continuer d'avancer.

Ce serait très important, selon moi. Profitons du temps des Fêtes pour y penser puis, à notre retour, nous pourrons convenir d'une initiative ou d'une méthode qui nous aidera à réfléchir à la façon d'aborder la question de l'héritage que nous souhaitons léguer à la prochaine génération.

L'honorable Don Meredith : Je vous remercie, sénateur Joyal. Je voulais simplement savoir si vous accepteriez de répondre à une question.

Pendant votre discours, vous avez indiqué que l'histoire se prête à diverses interprétations. Quand je pense à l'histoire de notre pays, aux événements et aux personnes qui y ont contribué, je pense à Mathieu Da Costa, qui a servi d'interprète à Samuel de Champlain et aux peuples autochtones. Fait ironique, j'ai rencontré il y a quelques mois l'architecte qui a conçu le Musée des civilisations; c'est lui qui recommande ce nouveau nom, afin que les artéfacts et les objets créés par les peuples autochtones du Canada soient préservés pour les générations futures.

J'ai été un peu étonné de vous entendre dire que l'histoire prête à interprétation. Pourriez-vous nous donner des précisions à ce sujet? L'histoire m'apparaît formée de faits et d'objets qui ont eu lieu, ou existé. Quand je parle à des jeunes de partout au pays, je ne parle pas seulement d'histoire quand un de nos excellents collègues quitte le Sénat. Je parle aussi des Noirs du Canada et du fait que leur histoire n'est pas consignée dans les livres d'histoire. Leur histoire n'est pas transmise. Je pense à une institution où l'histoire des Noirs serait racontée aux générations à venir. On pourrait se remémorer les événements et les gens qui ont contribué à bâtir notre pays. Cela ferait du Canada un endroit encore meilleur. Pourriez-vous nous en dire davantage à ce sujet, sénateur Joyal?

(1540)

Le sénateur Joyal : Si les sénateurs y consentent, puis-je disposer de cinq minutes de plus?

Des voix : D'accord.

Le sénateur Joyal : Je vous remercie, sénateur Meredith, de votre question importante. Je vais vous donner un exemple.

Marcel Trudel, historien québécois décédé l'an dernier à l'âge de 93 ans, a publié un livre sur les mythes et la réalité. Entre autres mythes, tous au Québec croyaient, du moins quand j'étais jeune, que l'esclavage n'y avait jamais existé. On croyait que l'esclavage n'y avait jamais existé puisque c'est une chose épouvantable.

Ce chapitre de notre histoire ne faisait pas partie des manuels jusqu'à ce que l'historien publie un article sur la question en 1968, si je me rappelle bien. Après avoir consulté tous les registres de baptême, l'historien a découvert un fait étonnant : le tiers des esclaves était la propriété de l'Église. Lors de son premier séjour à Paris, monseigneur Plessis, évêque de Québec, était accompagné de son esclave. Il se prénommait François. À cette époque, les esclaves n'avaient pas de nom de famille, et ils étaient Noirs ou Autochtones. Les conditions d'esclavage étaient tantôt difficiles, tantôt moins difficiles.

En 1752, un incendie a embrasé Montréal et brûlé plusieurs maisons de bois, où les conditions de vie étaient difficiles. Cet incendie, cette déflagration comme on pourrait aussi l'appeler, a détruit la moitié de la ville. La rumeur voulait que ce soit une domestique noire qui ait déclenché le feu. Bien entendu, on la soupçonnait parce qu'elle était Noire, et parce qu'on la soupçonnait, elle était forcément coupable. Or, lorsqu'un historien a examiné le procès-verbal de l'audience, il y a 20 ans, il était évident qu'il n'y avait aucune preuve, mais on avait besoin d'un coupable, et la domestique était la coupable idéale.

Comme je l'ai mentionné, c'est seulement récemment que les historiens ont découvert qu'il y avait eu quelque 3 000 esclaves sur une période de 100 ans, jusqu'à l'abolition de cette pratique. On apprend, par exemple, que Louis-Joseph Papineau s'opposait à l'abolition de l'esclavage à la fin du XVIIIe siècle, bien qu'il ait changé d'avis par la suite. Honorables sénateurs, j'étais aussi surpris que vous quand j'ai pris connaissance de ce fait. M. Papineau avait représenté devant le tribunal des propriétaires d'esclaves qui se battaient pour conserver le droit de posséder des esclaves.

Quand je dis que l'histoire est une science d'interprétation, je veux dire que, lorsque nous commençons à examiner les archives pour mieux comprendre une réalité cachée, nous parvenons à des conclusions différentes. Cela nous permet de mieux comprendre la société actuelle, par exemple les populations autochtones, parce que nous nous rendons compte que ce n'est pas le Canada que nous voulons. Ce n'est pas le genre de société que nous voulons bâtir. Cela nous éclaire sur les mesures que nous devons prendre pour corriger le problème.

C'est un élément important, et c'est pour cette raison que l'histoire est un outil indispensable à notre travail de législateurs. Un projet de loi qui pourrait influer sur la connaissance des faits n'est pas la meilleure mesure législative qui soit. C'est pourquoi nous devons connaître le mieux possible les enjeux lorsque nous savons que la perception des choses a changé. C'est ce que nous apprenons quand nous visitons les expositions dans les musées. Nous n'allons pas seulement dans les musées pour voir des peintures, des artéfacts ou des sculptures, mais aussi pour tenter de comprendre la signification de ces éléments dans le monde actuel.

Ces artéfacts sont importants, car la perception des choses change avec le temps et en fonction des conclusions que nous tirons de l'analyse de la réalité. C'est pourquoi la question que vous soulevez est si importante.

Son Honneur le Président : Vous plaît-il, honorables sénateurs, d'adopter la motion?

Des voix : D'accord.

(La motion est adoptée et le projet de loi est lu pour la deuxième fois.)

Renvoi au comité

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, quand lirons- nous le projet de loi pour la troisième fois?

(Sur la motion de la sénatrice Eaton, le projet de loi est renvoyé au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.)