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HOMMAGES à L'HONORABLE JEAN-ROBERT GAUTHIER - Débats du Sénat

L'honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, c'est un privilège de rendre hommage aujourd'hui au sénateur Jean-Robert Gauthier, compagnon de lutte depuis 30 ans à la Chambre des communes et au Sénat.

L'engagement du sénateur Gauthier à servir son idéal et sa vision du pays a été constant, sans faille et sans compromis.

Il partage la conviction que les francophones ont un droit inaliénable à parler leur langue, à vivre, à être éduqués en français, à participer pleinement à la vie du pays et à ses institutions.

Le geste le plus significatif posé par le sénateur Gauthier fut son vote contre la résolution constitutionnelle de 1981, qui reconnaissait l'article 23 de la Charte des droits et libertés et le droit d'accès à l'école française, mais seulement « là où le nombre le justifie ». Ces termes l'ont toujours révolté.

Le sénateur Gauthier n'a jamais accepté d'être comptabilisé pour exercer ses droits. Pour lui, un droit est un droit, est un droit.

Il a combattu visière levée contre la mesquinerie des chiffres, y voyant plus une manière de dénombrer les victimes de l'assimilation et d'humilier les individus que d'insuffler la fierté de parler sa langue, « la langue de son pays », comme il le dit si bien.

Ce matin, les informations rapportaient qu'un tribunal de la Nouvelle-Écosse venait de déclarer contraire à la Loi sur la langues officielles et à la charte le critère de « là où le nombre le justifie » pour la prestation des services de la GRC dans la région de Amherst, au nord-ouest de la province, où il n'y a pourtant que 3 p. 100 de francophones.

Enfin, l'argument du sénateur Gauthier a été entendu par un tribunal. Souhaitons qu'il soit confirmé par la plus haute cour du pays.

Le vote du sénateur Gauthier sur la résolution de 1981, il l'a toujours porté comme une blessure infligée, lui qui croit tant à la valeur des chartes et à la protection des tribunaux contre l'indifférence des pouvoirs publics et parfois contre la force des préjugés. Néanmoins, il a toujours exprimé un grand respect à l'égard de ses concitoyens anglophones. Courtois, voire diplomate, il n'a jamais fait preuve d'antagonisme envers l'autre communauté de langue officielle.

Son engagement à faire reconnaître les droits des francophones à gérer leurs écoles a donné des résultats probants partout au pays. Il nous laisse, en partage, poursuite de la lutte pour faire reconnaître Ottawa comme capitale bilingue, parce que cette ville doit être le reflet de l'idéal, de ce qu'aspire être le Canada.

Prêtant la voix et la force de son engagement au soutien de la reconnaissance de nos droits, il a ainsi continué à faire du Canada une société plus humaniste, sensible à la condition des minorités, de toutes les minorités, particulièrement des Autochtones. Comme il le dit si bien : « Nous, on se débat, on a des droits, mais quand je pense aux Autochtones, on revient de si loin. »

Indépendant sans être arrogant, passionné tout en demeurant profondément humain, il a transformé son handicap physique en pouvoir de persuasion, ce qui, je le souhaite, conduira ce Parlement à adopter cet amendement si important à la Loi sur les langues officielles qu'il a piloté.

Honorables sénateurs, lundi dernier j'ai écrit au directeur exécutif du Fonds Canadiana pour indiquer que le portrait du roi François 1er, que j'ai donné il y a deux ans pour orner le Salon de la francophonie, devrait être dédié au sénateur Gauthier pour son engagement à l'égard de la reconnaissance des droits des minorités de langues officielles au pays.

Ce roi, le premier à revendiquer la possession du Canada en 1534, a aussi été le premier à adopter un édit en 1539 à Villers-Cotterêts, faisant du français la langue de l'administration et des tribunaux.

C'est un témoignage permanent à un homme juste, guidé par la probité et le service des siens.