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Le Devoir - Félicitations à l'occasion du centième anniversaire de sa fondation

L'honorable Serge Joyal : Honorables sénateurs, l'année 2010 marque le 100e anniversaire de la fondation du quotidien Le Devoir. L'événement vaut d'être souligné, d'autant plus que, avec le Globe, aujourd'hui Globe and Mail, fondé en 1844 par George Brown, député au Parlement du Canada-Uni puis sénateur en 1873, Le Devoir est le seul autre journal fondé par un ancien député fédéral qui ait survécu jusqu'à aujourd'hui.

Les convictions nationalistes d'Henri Bourassa sont bien connues : il croyait fermement que le Canada devait poursuivre une politique militaire et internationale distincte de celle de la Grande-Bretagne. Il était, d'une certaine façon, en avance sur son temps. Ainsi, en 1931, le Statut de Westminster a reconnu l'indépendance des dominions, et le Canada d'aujourd'hui est un pays entièrement souverain, comme Bourassa l'avait souhaité en son temps.

Ce sont ses convictions sur l'avenir du pays qui poussèrent Bourassa à démissionner de la Chambre des communes, puis à fonder un journal destiné à promouvoir la pensée nationaliste canadienne. Le journal Le Devoir se définissait alors comme un journal catholique, nationaliste et indépendant.

L'influence de Bourassa sur les générations de son temps fut énorme : il dirigea le journal jusqu'en 1932, bien que sa pensée sociale n'ait pas toujours évolué au rythme de la société de l'époque.

Aujourd'hui, Le Devoir est un journal dont la présentation graphique est de tout premier ordre. De nombreux prix l'ont confirmé au cours des dernières années. Il a su prendre le virage des médias numériques, et ce, de façon rentable, ce qui n'est pas une moindre réalisation. Le Devoir a réussi à se définir une niche particulière dans le milieu des médias, et sa santé financière lui garantit un avenir certain.

Mais il y a plus. Le Devoir occupe une place unique dans le débat public au pays. Le positionnement de sa page éditoriale est connu, comme celle d'ailleurs des autres quotidiens francophones, ce qui est sain dans une société libre et démocratique. Quand des points de vue opposés sur l'avenir du pays s'expriment dans un langage clair et avec des arguments cohérents, le débat n'en est que mieux servi.

Le Devoir se fait un point d'honneur d'ouvrir ses pages à des opinions différentes de celles exprimées dans sa page éditoriale, ce qui contribue certainement à la vigueur de la vie démocratique.

La direction et les journalistes du journal Le Devoir font preuve d'un grand professionnalisme. Le regard qu'ils portent sur l'actualité fait appel à une véritable culture politique, et ils ont le souci d'exprimer un point de vue qui privilégie l'expérience, la réflexion et une analyse poussée. De plus, les pages culturelles de ce quotidien sont uniques au pays.

Mais il y a aussi, et surtout, la qualité de la langue française telle qu'écrite dans Le Devoir, comme le voulait son fondateur. C'est là le plus brillant fleuron à la couronne de l'institution. Dans un monde de communications qui privilégie le texto et l'écriture phonique, on a tendance à sacrifier les nuances et à privilégier les formes alambiquées; la qualité de la langue cède alors devant la technologie, et c'est son essence même qui s'en trouve appauvrie.

Il faut le souligner : la langue française écrite dans les pages du Devoir est exemplaire. Ses éditorialistes, commentateurs et journalistes s'expriment dans une langue de qualité, nuancée et élégante. Longue vie au Devoir, et félicitations à toute l'équipe.